Mémoire au Comité permanent des finances

Shannon Litzenberger, Coalition canadienne des arts
Le 20 novembre 2012

Je vous remercie de m’avoir invitée à intervenir devant vous aujourd’hui. Je suis artiste de la danse à Toronto et associée pour l’innovation en politique des arts auprès de la Fondation Metcalf. J’interviens aujourd’hui à titre de membre bénévole du comité directeur de la Coalition canadienne des arts, le plus important groupe d’alliés des arts, de la culture et du patrimoine du Canada. Nous sommes un organisme pancanadien et apolitique qui est mené entièrement par des bénévoles et qui ne reçoit AUCUNE subvention gouvernementale.

En réponse au cadre budgétaire du gouvernement pour 2013, la Coalition propose des mesures pointues ciblant la reprise économique, la création d’emplois, le développement des compétences et l’amélioration de la productivité.  Nous recommandons que le gouvernement renouvelle ses investissements dans les Fonds du Canada annoncés en 2009, y compris le Fonds du Canada pour la formation dans le secteur des arts, le Fonds du Canada pour la présentation des arts,  le Fonds du Canada pour les espaces culturels et le Fonds du Canada pour l’investissement en culture. Sur les quelque 120 millions de dollars que le gouvernement investit annuellement dans ces programmes, près de 80 millions  (soit les 2/3 du total) doivent être renouvelés, et nous estimons indispensable qu’ils le soient.

Ce train de programmes joue un rôle critique dans le soutien de l’écologie des arts et de la culture et offre des investissements ciblant d’autres domaines que ceux visés par le soutien assuré par le Conseil des Arts du Canada.

Nous recommandons également qu’à tout le moins, le gouvernement maintienne à 181 millions de dollars le niveau de financement des arts assuré par l’entremise du Conseil des Arts et qu’il envisage de le porter à 300 millions de dollars par année si les circonstances le permettent.

Permettez-moi tout d’abord de reconnaître que, dans le budget de 2012, le gouvernement a maintenu jusqu’en 2015 les niveaux de financement assuré par l’entremise du Conseil des Arts. Le milieu des arts apprécie énormément cette mesure. L’an dernier, le Conseil a ainsi pu appuyer des activités artistiques dans 1 900 collectivités canadiennes. Tant le gouvernement que le secteur des arts considèrent le Conseil des Arts comme le moyen le plus efficace de véhiculer l’investissement public dans les arts.

J’entends souvent des porte-parole du gouvernement dire que celui-ci investit dans les arts et la culture à des niveaux records, et j’aimerais aujourd’hui vous donner une idée de la manière dont le Conseil des Arts, plus particulièrement, a été financé au fil des ans. Comme vous le savez sans doute, le Conseil des Arts du Canada a été créé en 1957 à l’issue des recommandations énoncées dans le rapport de ladite Commission Massey-Lévesque[1]. Trente ans après la Commission Massey, le gouvernement fédéral a demandé au premier Comité d’examen de la politique culturelle fédérale de faire état de l’état et de l’avancement de tous ses principaux programmes culturels. Dans le rapport (appelé le rapport Applebaum-Hébert) qu’il a publié en 1982, le comité a recommandé une augmentation appréciable (le doublement en fait) des fonds  affectés au Conseil des Arts.

Durant les années subséquentes, les recommandations en faveur d’investissements nouveaux dans le Conseil des Arts n’ont pas été mises en œuvre, et les crédits du Conseil ont même été réduits de manière draconienne vers le milieu des années 1990, entraînant une compression administrative considérable  pour l’institution. Depuis cette époque, les investissements ont progressivement et modestement augmenté, surtout sous le gouvernement actuel, mais le fait est qu’actuellement, en 2012, les crédits parlementaires par habitant du Conseil des Arts  sont légèrement inférieurs à ce qu’ils étaient en 1990.

Comme conséquence de cette tendance à long terme en matière d’investissement, le Conseil des Arts se trouve à jouir d’une capacité moindre aujourd’hui qu’il y a plus de 20 ans, si l’on tient compte de l’évolution et de la transformation démographique de la population canadienne, ainsi que des talents et du potentiel du secteur des arts comme tel. Je peux vous dire, comme artiste en exercice, que c’est la réalité que je vis.

Pourtant, nous sommes un secteur en plein essor, dont le taux de croissance dépasse ceux des services financiers, du secteur biomédical et de l’industrie des aliments et boissons. Nous sommes en mesure de produire des résultats, tant économiques que sociaux, extraordinaires pour le Canada. Vous connaissez les chiffres. Le secteur emploie plus de 600 000 personnes, injecte 46 milliards de dollars dans l’économie canadienne et verse plus de 25 milliards de dollars en taxes et impôts à tous les paliers de gouvernement (soit le triple du montant investi).

Nous sommes aussi un secteur qui connaît une transformation sans précédent. L’innovation artistique estompe les lignes entre les disciplines et les genres, la technologie nouvelle fait remettre en question les modes traditionnels de présentation, tandis que les formes nouvelles de participation par l’auditoire aux expériences culturelles ont élargi l’envergure et la nature des prestations artistiques que le public réclame.

Par conséquent, bien que le maintien de l’investissement dans un climat économique difficile ait permis au secteur culturel d’éviter les compressions profondes  que les arts ont connues dans d’autres pays, il y a encore une génération entière d’innovateurs multiples et talentueux qui attendent dans les coulisses, qui attendent l’investissement qui leur permettra de laisser leur marque sur l’identité de notre nation. Ces jeunes et le travail qu’ils produisent représentent le Canada d’aujourd’hui, où l’on parle plus de 200 langues et qui manifeste les valeurs d’égalité, de tolérance, de responsabilité sociale et de fierté civique, le Canada qui est prêt à s’imposer comme chef de file en créativité et en innovation. Nous aurions tort de ne pas consentir l’investissement relativement modeste qui nous permettra de miser sur notre talent créateur.

Nous sommes fiers que notre gouvernement comprenne l’importance des arts pour notre économie et notre société; comme le Canada entrevoit une croissance économique positive, il est temps de consentir les investissements correspondants.

Quand le gouvernement prend des décisions au sujet des organismes, programmes, politiques et initiatives axés sur les arts et la culture, ses décisions ont des retombées directes sur l’emploi de centaines de milliers de Canadiens et de Canadiennes comme moi et touchent la vie de familles vivant dans des collectivités partout au Canada. Les nouvelles générations de Canadiens veulent voir leurs expériences traduites dans l’expression culturelle contemporaine de notre pays. Or, il faut consentir des investissements nouveaux pour appuyer le développement futur de nos artistes, le travail créateur qu’ils produisent et les collectivités qu’ils servent.

Je vous invite à résister, comme députés, à la tentation de succomber aux dimensions politiques du débat quand des décisions fermes s’imposent sur la manière d’investir dans l’avenir du Canada et la qualité de vie de ses citoyens. Quel patrimoine culturel voulons-nous bâtir? Comment arriverons-nous à nous comprendre et comment le monde entier nous comprendra-il?

« Il ne sert à rien d’attendre une situation extraordinaire pour faire le bien, il faut plutôt essayer d’utiliser des situations ordinaires. » Jean Paul Richter (auteur allemand)


[1] Canada.  Commission royale d’enquête sur l’avancement des arts, lettres et sciences, 1949-1951. Rapport de la Commission royale d’enquête sur l’avancement des arts, lettres et sciences, 1949-1951,  Imprimeur du Roi.

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