Le premier ministre Justin Trudeau lors d'une conférence de presse à Surrey

Se tenir debout pour la culture en dépit des pressions commerciales

Mardi, le premier ministre Justin Trudeau a fait une sortie remarquée en faveur de la culture dans le cadre des renégociations entourant l’Accord de libre-échange nord-américain. Lors d’une conférence de presse à Surrey, il a affirmé que le Canada ne signera pas un nouvel accord sans le maintien de l’exception culturelle et d’un mécanisme de règlement des différends.

« Cela reviendrait à abandonner notre souveraineté et notre identité, et c’est quelque chose que nous ne pouvons accepter, » a-t-il affirmé aux journalistes.

Cette déclaration publique de M. Trudeau était bien plus qu’une tactique de négociation. Il s’agissait de la réaffirmation de la position historique du Canada à l’effet que les forces du marché ne peuvent aucunement garantir la préservation et la promotion de la diversité culturelle.

Depuis plusieurs décennie, le Canada s’est systématiquement posé en défenseur de la diversité des expressions culturelles, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières, aussi bien à l’UNESCO que dans les accords commerciaux. L’exception culturelle a fait une première apparition remarquée avec l’entente originale de libre-échange Canada–États-Unis de 1988, puis elle a été reprise intégralement dans l’ALÉNA. En 2016, des garanties pour la culture ont été intégrées au préambule et à plusieurs chapitres de l’accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne. Puis, cette année, des protections similaires ont été ajoutées à Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP). Un nouvel ALÉNA ne saurait faire abstraction de ces principes fondamentaux.

Les biens et services culturels ne sont pas de marchandises comme les autres. Parce qu’ils sont porteurs d’identité, de valeurs et de sens, ils doivent faire l’objet d’un traitement différencié dans nos accords commerciaux.  Cela allait de soit en 1988, avant l’avènement du commerce électronique et des services de vidéos et de musique en ligne. C’est d’autant plus vrai en 2018.

Fort heureusement, M. Trudeau comprend que la protection de la diversité culturelle est au cœur des considérations commerciales du Canada depuis 30 ans. La Coalition canadienne des arts se rallie à cette prise de position et souhaite signifier tout son soutien au gouvernement du Canada et à à son équipe de négociation dans la présente ronde de renégociations de l’ALÉNA.

Le saviez-vous?

Si la culture souffre d’être abandonnée aux seules forces du marché, les accords commerciaux ne semblent quant à eux ne pas souffrir de protections pour les biens et services culturels. En dépit de l’exception culturelle dans l’ALÉNA, les États-Unis demeurent le principal partenaire commercial du Canada en ce qui a trait aux produits de la culture, représentant plus de 60 % de ses exportations culturelles et plus de 65 % de ses importations culturelles. De plus, entre 2010 et 2016, les importations culturelles en provenance des États-Unis se sont accrues de 28,5% pour s’établir à 13,6 milliards de dollars, alors que les exportations culturelles du Canada vers les États-Unis se sont accrues de 45%, atteignant 10,1 milliards de dollars en 2016.

Source : Statistique Canada, Commerce des produits de la culture et du sport, 2016

Description de l'infographie : https://www.canada.ca/fr/patrimoine-canadien/organisation/publications/publications-generales/compte-satellite-culture.html#a4

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